Prier, c'est parler à Dieu et méditer, c'est l'écouter
à III 

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Indéniablement, que ce soit dans la pensée bouddhiste ou chrétienne, la figure de la Sagesse est très présente. Bien sûr les systèmes de pensée et de croyance dans lesquels elle s'inscrit sont radicalement différents. Mais aussi, comme le point ultime de ces deux visions qui est finalement cousin, on peut y voir aussi des traits communs.

 

La pensée chrétienne


C'est dans le Livre des Proverbes, de l'Ancien Testament, qu'on trouve des éléments très spécifiques sur la Sagesse dans le monde judéo-chrétien.

Chapitre 2, verset 6 : « c'est le Seigneur qui donne la sagesse, la connaissance et la raison viennent de lui. »

Chapitre 2, verset 10 : « la sagesse entrera dans ton coeur, la connaissance te donnera la joie... »

Chapitre 8, verset 22-23 : « le Seigneur m'a conçue il y a très longtemps, comme la première de ces oeuvres, avant toutes les autres. J'ai été établie dès le début des temps, avant même que le monde existe. »

Chapitre 8, verset 30-31 : « Pendant ce temps, j'étais à ses côtés comme architecte. Jour après jour, je faisais sa joie, je jouais sans cesse en sa présence, sur le sol du monde créé par Lui. Depuis lors, ma joie est d'être au milieu des humains. »

Cette Sagesse est quelque chose de très complexe à comprendre. Déjà elle précède la création et est donc incréée. Elle n'est pas postérieure d'un point de vue temporel au Seigneur même si elle est la première de ses choses conçues. Elle est avant que tout chose créée existe, elle est un peu le nécessaire engendrement du Seigneur, mais sans lien de cause à effet : elle est consubstantielle au Seigneur, de même Nature. En même temps elle s’inscrit totalement dans le temporel puisqu'elle est au milieu des humains.

Elle fait la joie du Seigneur et sa propre joie est d'être dans l'humanité. Il y a cet endroit quelque chose de très troublant : ce sont les hommes qui réjouissent la Sagesse qui elle-même réjouit Dieu. Cela n'est pas sans rappeler le Dieu d'Amour de certains mystiques comme Maurice Zundel pour lequel Dieu a besoin de l'amour des hommes. Et Jésus-Christ est celui qui suscite en notre coeur cet Amour pour Dieu le Père. Dieu est le Grand Demandant d'Amour et de Joie.

Mais cette Sagesse est au milieu des hommes : d'un point de vue métaphysique cela évoque profondément la figure de Jésus-Christ. Elle est là, parmi nous, comme le chemin pour Lui parler et entrer en communion avec Lui.. Se tourner vers la Sagesse, vers Jésus-Christ, est le (seul ?) moyen de pouvoir s'adresser à Dieu. Dieu, au-delà de toute connaissance, nous est accessible à travers cette Sagesse qui entre dans notre coeur et c'est bien parce que le coeur est son royaume que l'impensable est atteignable. Elle est le chemin de la terre vers le Ciel.


La pensée bouddhiste

Comprendre les paroles du bouddha est la voie de la sagesse. Dans sa perfection s'établit la connaissance transcendante qui est la mère des éveillées et des êtres d'éveil.

La nature ultime des phénomènes est la vacuité, mais comme la forme est vacuité et que la vacuité est forme, la vraie nature des choses est la séparation, le changement, l'écoulement.

Par ignorance nous tenons comme réel la vraie nature des choses alors qu'elle n'est qu'illusion au sens où elle n'est ni simple, ni indépendante, ni permanente. La Sagesse consiste donc à déchirer ce voile et à considérer comme seule réalité l'absence de phénomènes simples, indépendants et permanents. Pour le dire autrement, c'est reconnaître le non-signe, ne pas donner une réalité à ce qui, en fait, n'en a pas.

La Sagesse est la dernière des six paramita : elle est la qualité qui permet d'accéder à la transcendance des cinq autres. À ce titre elle constitue le levier qui permet de passer d'un monde à l'autre, du monde relatif au monde absolu, de la terre au ciel. Elle est le nécessaire intermédiaire à l'accession à la transcendance par sa seule accumulation.

En tibétain, la notion de sagesse revêt un aspect primordial, qu'elle semble ne pas posséder dans les formes primitives du bouddhisme.du point de vue du Grand Véhicule, la Sagesse semble consubstantielle avec la Nature de l'Esprit (Rigpa) et la Compassion.


Juste le goût…

Le Réel ne peut être perçu que dans l'instant présent lorsque le mental apaisé (Méditation, Joie) n'est plus un obstacle à l'irradiation du Soi, ou du Royaume, autrement dit, lorsque le temps, qui est une donnée du mental, est transcendé. Cela demande une faculté de perceptions qui se situe en amont de la discrimination sujet-objet, une sorte d'innocence première (la sagesse qui joue dans l'Ancien Testament mais aussi la voie du bouddha). Quand le Cœur et l’Esprit sont fusionnés, la Révélation peut avoir lieu.

Dans le gnosticisme, il y a plus que la saveur de cela : à bien des égards, j’ai cru y lire, par moment, l’Orient…

 

 
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Voie du mileu
et vacuité


Ces deux notions sont-elles contradictoires ou, au contraire, se renforcent-elles ? En prenant comme point de vue le "goût unique", elles s'épaulent mutuellement.

La voie du milieu consiste à préférer le tiède au froid ou chaud. Car le constat est le suivant : il y a en germe dans chaque extrême son contraire, dans l'amour la haine, la joie la peine etc. C'est dans l'équilibre des contraires que l'harmonie, l'aisance peut se développer. Car chaque extrème n'est pas pur de ce qu'il prétend être.

A partir de cet instant, sur ce choix du milieu, de cette tempérance, les choses apparaissent plus similaires.

Et la vacuité nous les montre identiques, comme des illusions. Que ce soit l'amour ou la haine, le feu ou l'eau, ce ne sont que des manifestations temporaires, nées de notre esprit. On peut donc toutes les considérer de la même façon, avec le même état d'esprit, n'être ni dans le trop, ni dans le trop peu. C'est une sorte de tempérance par la reconnaissance de la non-existence propre des phénomènes. L'amour et la haine ne sont que les deux faces d'une même chose qui n'existe pas ultimement !

La voie du milieu est une étape préliminaire à cette reconnaissance.