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Pêle-mêle
La vacuité
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La vacuité est sans doute le concept central du bouddhisme, quel que soit le Véhicule. La vacuité est sans doute le concept le plus difficile du bouddhisme, car il semble, dans sa forme, une contradiction fondamentale. Vacuité vient du sanskrit « shunyata », qui est la composition de deux mots : «shunya» et «ta». Shunya signifie littéralement « inconcevable », « inexprimable ». Cela est à rapprocher du nom de Dieu présent dans la Bible juive qui s'écrit « yod hé wav hé » et qui veut dire « ce qui ne se conçoit pas ». Ce tétragramme peut être perçu comme l'équivalent de shunya. La contradiction fondamentale vient du fait que ce mot (une représentation conceptuelle) désigne ce qui n'est pas de l'ordre conceptuel, ce qui ne peut pas s'appréhender par la pensée, sinon en le dénaturant. Qu'est-ce que la vacuité ? Souvent, une meilleure traduction est "pléinitude". Cependant, pour ma part, une façon de l'aborder est de tenter de la rapprocher du mot « éphémère ». En fait la vacuité est la nature de toute chose qui n'est, ni permanente, ni indépendante, ni unique (non-composée). En effet, une chose qui est impermanente, c'est-à-dire qui connaît un début et fin, ne peut être non-éphémère. En effet, une chose qui est dépendante, connaît un début (la cause qui de la produite) et donc connaît une fin. En effet, une chose qui est composée, peut être décomposée, donc connaît un début et une fin. Mais la vacuité ne veut pas dire "éphémère"... Ce serait ajouter à la confusion ambiante la mienne ! Il faut comprendre plutôt la vacuité comme la nature de toute chose, puisque toute chose du monde relatif dans lequel nous vivons est impermanente, composée et dépendante de causes et de conditions. Donc, la vacuité n'est pas l'expression du néant, puisqu'elle ne nie pas la réalité temporaire. Mais, la vacuité n'est pas non plus l'expression d'une quelconque éternité, puisqu'elle ne pose pas en principe des choses sans commencement ni fin. La vacuité, pour le dire de façon directe, désigne ce qui est libre de non-existence et de permanence. Cette notion même transcendante l’éternalisme et le nihilisme. Sur le chemin, la méditation est la porte d'entrée pour shunyata. Graduellement, shamata établit le repos calme de l'esprit, puis vipassana établit la vision claire qui ouvre alors la vue pénétrante de shunyata. En effet, l'esprit, laissé dans son état naturel, c'est-à-dire libre de pensées conceptuelles, accède à la réalité des choses. Dans le Hinayana, le pratiquant perçoit la non-existence de l'ego. La vacuité est donc associée à la seule réalisation du non-être. Dans le Mahayana, le pratiquant perçoit à la fois la non-existence de l'ego et la non-existence des phénomènes. La vacuité est cette fois enrichie de la perception de la nature illusoire des phénomènes. Dans le Vajrayana, le pratiquant perçoit la non-existence de l'ego, la non-existence des phénomènes, mais aussi la non-existence de la conscience. La vacuité, dans ce Véhicule, culmine. Cette réalité, désignée comme « l'Ultime Réalité », est celle perçue par la vision pure : tout est vacuité. Absolument tout. De cette sagesse omnisciente naît la Grande Compassion. Et la compassion engendre la sagesse. Compassion et Sagesse se renforcent donc mutuellement dans la vision pure de shunyata. Réaliser la vue de shunyata, c'est comprendre que tout est vacuité. Même le nirvana ou le samsara ne sont que vacuité. Il faut comprendre en cela que, ultimement, ils n'existent pas, et ne sont que le produit de nos pensées conceptuelles. Ultimement, notre bonheur et notre souffrance n’existent pas : c'est de cette vue que naît l'énergie de la grande compassion. Et c’est la sagesse primordiale de la nature de notre esprit qui permet d'accéder à la « connaissance » de cette vacuité, connaissance qui est en fait une réalisation au-delà des mots, des idées, des concepts. La vacuité, c'est la réalisation que tout est illusion, au sens où « rien n’est solide ». On pourrait le voir comme une immense blague, une farce où on nous fait croire des choses qui n'existent pas : un peu comme un enfant captivé par un théâtre de marionnettes. Et de cette blague, une fois comprise (mais est-ce le bon mot ?), s'il n'y avait pas tant de souffrance dans nos vies éphémères, nous pourrions tous en rire ! Sur le chemin, réaliser la vacuité, c'est aussi avoir la possibilité de toujours trouver de l'espace (... de l'humour...) quelles que soient les circonstances favorables ou défavorables qui se présentent. C'est aussi le pouvoir de l'acceptation par la compréhension que tout est impermanent, que tout a une fin, et, qu'au niveau absolu, quoi qu'il se passe au niveau relatif, tout est pur et le reste. Pour finir, c'est la manifestation Naturelle de l'esprit, habillé de la sagesse primordiale de notre base et mu par la conscience claire et cristalline. |
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