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Essai
Bouddhisme
La pensée et la mort
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La pensée et la mort D'abord, je ne suis vraiment pas convaincu que j'ai quelque chose de sérieux à dire sur ce sujet. En tout cas rien qui ne soit assez important pour éclairer quiconque.
La pensée de la mort La question qu'on est en droit de se poser est la suivante : « la mort existe-t-elle en dehors de ce que nous en percevons ? ». La mort existe-t-elle s'il n'y a personne pour la penser ? Il est irréfutable que cette question peut être posée pour tout objet de la pensée, et pas seulement la mort. Les choses existent-elles par elles-mêmes ou n’ont-t-elles d'existence que le temps où nous les pensons, c'est-à-dire sont-elles dénuées d'existence propre ? On revient ici sur le thème central du bouddhisme qui est celui de l'illusion. Mais à cet endroit je désire faire plus que de mettre la mort dans l'ombre de l'illusion : en fait la mort n'est-elle que réellement quelque chose que l'on pense et n'y a-t-il pas de mort du « soi » ? Malgré tout, il est indéniable, au-delà de tout mot, dans le registre d'un indicible irréductible, que mourir est une expérience, un moment du chemin, quelque chose du temps de notre vie donc, quelque chose nécessairement qui connaît un début et une fin. La mort est un fait et il ne me vient pas à l'esprit de le discuter ici. Ce que j'essaie de considérer c'est la nature du fait en regard de nos représentations. La mort de la pensée Indéniablement donc, quelque chose disparaît bien à un moment donné de notre existence. Cette disparition fondamentale est réellement une part de nous qui n'est plus, mais cette part qui n'est plus est notre « ego ». Ce dernier est celui qui saisit, qui sans arrêt remet sur le tapis le triptyque sujet-objet-action, mais qui jamais, malgré cet inlassable travail, ne rend les choses fiablement existantes. L'ego disparu interrompt l'énergie de cette confusion mais est-ce que cela pour autant peut s'appeler la mort (... de quelqu'un...) ? Oui la pensée comme mécanisme dualiste meurt, mais quoi d'autre ? Est-ce que la conscience s'en va aussi ? Et qui sommes-nous fondamentalement dans tout cela ? Personnellement je pense que demeure quelque chose (je ne sais pas comment le nommer) qui est notre « moi », le moi pur et lumineux qui ne peut pas être altéré par la mort. Car si la pensée meurt et donc meurt aussi tout ce que nos sens et nos perceptions habituellement nous renvoient du monde, le moi, totalement étranger à cette illusion dont l'ego était victime, reste inaltéré.
La mort du temps de notre vivant Si la seule part dualiste de nous-même meurt, le fait de demeurer dans un état de conscience de non-saisie parfaite est un entraînement capital comme préparation pour mourir sereinement. Il est même, à mes yeux, l'entraînement suprême qui permet de traverser sans peur la mort puisqu'elle est neutralisée : comme elle n'est fondamentalement que la production de notre pensée, elle est totalement absente de cet état de conscience. Absente, elle ne peut créer de peur. Imaginons : si nous demeurons dans un état mental de non-saisie parfaite, libre de tout concept, la mort venant, elle n'aura rien à nous prendre. Nous aurons déjà tout abandonné et la pensée de la mort qui est la représentation de « l'Abandon Suprême » n'aura aucune place dans cette expérience. Dudjom Rinpoché décrit cela de façon exceptionnelle. Mais humblement, je dois reconnaître qu'il faut atteindre un niveau de réalisation magistralement élevé pour aborder ce moment ultime avec un tel esprit.
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